Boissoineuse-batteuse

Boissoineuse-batteuse

Sauf une fois au chalet...

- Un texte de -

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J’suis boissoineuse-batteuse, j’sparage au vent! Vraie girouette valsante, moi, j’déménage souvent. Une bousculade d’accumulus dans des boîtes serrées dans le ciel de ma route; des grands paquets d’vie dans l’camion de ma déroute.

J’avais que trois semaines que je faisais du char sur la banquette arrière, roulée, encouvartée dans un vieux tiroir de bureau, dans une grosse ride de machine beige, à pas savoir compter les poteaux. Mes parents, eux, fumaient dans l’devant, au beat de Johnny Cash chantant sa prison; sortant d’une cassette orange plus grande que sa chanson. Rouyn – Saskatoon, 5 ans back à Rouyn avec une mère sensiblement écœurée par l’infidélité.

J’suis jamais repartie; j’suis restée, faque j’connais chaque racoins-Noranda. J’aime déménager.

Faut dire que l’printemps fort attendu, me fait vouloir prendre les notes et les écouter souvent : regarder pousser des guitares et entendre les cordes sensibles habiter la musique, débarrer la place avec cette clef de sol, là, à la portée de tous. Habiter l’air d’aller à l’église des arts; là où les prières sont de mise pour espérer des dons pour que les coupures cicatrisent à grands coups d’créativité, prions à l’unisson. J’ai jasé avec la statue qui m’a dit que j’pouvais pas rester; j’ai pas fait d’scène. Une seule, une sainte de parkée. Sous un soleil « follow spot » j’me suis installée dans une ruelle de Noranda; dans mes vitres, ben d’la garnotte et un chat courant après sa p’tite laine courte d’un amour décousu, un poème parcouru, coup de foudre peur du tonnerre; j’me suis sauvée suivre d’autres lumières.

D’un ciel qui se brillait, pas à cachette, d’étoiles exagérées; des couleurs folles de yeux plissés d’enfants, pas tous jeunes, aux cœurs heureux. L’île aux mouettes, illuminée, pieds dans la bouette, le ciel en feu se mirant la beauté dans un lac de possibilités.

Une fois, j’ai essayé d’rester dans une calvaire de grosse lettre F stationnée à côté d’un J’M et d’un J’E. Y’avait d’la place pour moé, mon chat et un café; j’avais mes écouteurs bien installés juste parfait et ben assez, mais l’vent d’automne a soufflé fort les tempos d’musiques qui émergeaient, avec son grand panache, dans l’écran géant du film du temps; ça traverse avec ses bois immenses. J’avais frette, j’avais pas chaud, j’ai changé d’scénario; quitter mon F; visionner l’ailleurs.

Autant habiter l’hiver asteur, il est si grand, y’en masse de glace pour tout l’monde. Ici la ville se gèle ses lacs. On y patine nos rêves sur le bout d’nos larmes, un signe à l’infini; l’hiver déménage pas souvent, lui.

On s’tricote des mailles fortes, on fait face au blanc, au froid et au vent. On s’habille la maison, on s’entretuque de laine et on s’réchauffe de passions.

J’ai cherché répit sous l’ombre d’une fleur gelée, j’ai cueilli l’parc entre petit lac de glace et des arbres aux feuilles séparées, la blancheur des branches blêmes de givre, figées, ma maison, un banc de parc, gelé. Je souffle dans le ciel; ma brume sur les étoiles; je change constamment les couleurs de ma toile.

J’suis dans le meilleur coin de mon pays.

Ici même en Abitibi, les murs gris sont réinventés de paysages féériques.

J’habite là où je suis.

J’suis près de tout et Rouyn de vous.

J’fais l’Écart grand, un pied dans Rouyn l’autre dans Noranda et la tête partout.

J’marche, tête heureuse un bord de lac, trottoir en bois.

J’connais hier, j’espère demain.

J’habite partout ici parce que j’y suis bien; je manque de rien.

J’signe pas de bye!

J’m’installe à côté d’un bord sur l’autre.

J’suis près de tout

Rouyn de vous.

Manon Gervais

Manon Gervais

Manon Gervais Dessureault, mère de trois enfants magnifiques. Elle a un chat noir comme la nuit, aime écrire et redessiner sa vie. Travaille à l'Agora des Arts. Adore le café...simple comme ça.
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