Je suis célibataire

Je suis célibataire

Sauf une fois au chalet...

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Illustration : Mathieu Gagnon

Bon! On va arrêter de niaiser pis on va se dire les vraies affaires! Oyé! Oyé! J’aimerais faire une annonce officielle :  «  Je suis célibataire  ».

My God, c’est impliquant dire ça à Rouyn-Noranda. J’me sens un peu comme si j’avais perdu mon identité. J’vous jure que ma réflexion sur la liberté est beaucoup plus pointilleuse que celle d’une fille qui enfile ses souliers de célibataire à Montréal. Le monde est p’tit et encore plus ici qu’ailleurs. C’est comme si j’avais réussi mon audition pour ce nouveau rôle, mais que je n’avais pas encore assimilé les subtilités du personnage et son décor hétérogène.

Au début, j’me suis sentie déconcertée pour mille et une raison. La dernière fois que j’ai vraiment été célibataire, Facebook venait tout juste de v’nir au monde. J’avoue être complètement nulle! J’arrive difficilement à dealer le fait que tout le monde est accessible, tout d’suite et maintenant. Le «  titing!  » de Messenger est vite devenu pour moi le bruit symbolique du célibat. Des nouvelles demandes d’amis à profusion et des messages d’étrangers dans ma boîte de réception, j’ai juste envie de crier  : «  Coudonc, on s’connais-tu?  »

Tu réalises aussi que pour les gens du coin, t’as une étiquette collée dans l’front. Parce qu’en région, moi j’suis la blonde de l’autre et vice-versa. On est deux, toujours deux. OK! J’comprends que ça fait longtemps qu’on était ensemble, mais parfois j’aimerais bien que le p’tit gars du dépanneur m’regarde comme un individu unique, plutôt qu’un ensemble de gens indissociable.

Ensuite, tu t’armes de patience et tu traverses la tête bien haute l’étape du potinage. Il faut être prêt à fronter les  : « y parrait que, j’ai entendu dire que, savais-tu que » . J’ai parfois l’impression d’être en première page d’une revue à potin. Star Système, me voici, me voilà!

On dirait que j’aurais aimé m’la jouer incognito. J’aurais aimé aller me saouler au Bar des chums sans que tout l’monde sache exactement ce que j’ai bu et surtout avec qui je l’ai bu. J’aurais aussi aimé que les faits restent les faits et que personne ne déforme la réalité. J’étais pas saoule à m’rouler par terre sur la rue Principale, s’tu clair! J’ai juste bu ma peine le temps d’une nuit, un point c’est tout!

Si j’étais à Montréal, j’pourrais m’perdre dans la masse jusqu’à temps de m’sentir assez p’tite pour m’effacer d’la vie un ti boutte. J’pourrais changer d’quartier, changer d’bar, changer d’épicerie, voir même changer de vie…

J’pourrais rencontrer un gars qui n’a pas déjà couché avec la sœur de ma meilleure amie ou la coloc de mon collègue de travail… ou encore pire, trois de mes bonnes amies, si se n’est pas deux dans la même nuit. Quand je prends du recul, je réalise que j’aimerais bien que quelqu’un m’explique les règles du jeu. Ce que je comprends pour l’instant c’est abats les valeurs, sinon tu te leurres! Ouin… Après réflexion, j’suis pas certaine que j’ai envie de jouer finalement.

Et le temps passe et surtout, il s’enrichit. Tranquillement, les potinages deviennent des témoignages de compassion. T’as envie de sourire à la vie quand un visage, connu mais inconnu, te propose son aide. La solidarité des gens t’embrasse le cœur et soudainement, tu te sens choyé quand le p’tit gars du dépanneur te parle de ton chum qui n’est plus vraiment ton chum. Tes yeux brillent de reconnaissance quand tu réalises qu’à deux minutes à pied de ton nouvel appart, t’as six chums de fille sur qui tu peux compter. Le voisinage devient spontanément réconfortant et t’as juste le gout d’créer un groupe Facebook qui se nomme « Brunch de quartier » .

Quand tu prends le temps d’observer l’espace devant toi, tu constates que le silence de la forêt devient un lieu où il fait bon trouver refuge. Et quand tu te ramasses toute seule su l’top du Mont kékéko pour crier à l’univers tout entier ta rage au coeur, le mot libération prend définitivement tout son sens et un grand sentiment d’espoir t’envahit. J’ai beau essayer de me convaincre du contraire, j’suis vraiment pas certaine qu’en haut du Mont-Royal ça aurait eu le même impact. Pis tranquillement, tu prends conscience de la beauté de cette proximité, ce contact avec l’humain, avec la nature…avec les vraies affaires quoi! Tu comprends qu’ici, juste là sous tes yeux au cœur de ta région, tu peux toucher à cette intimité. Celle qui est remplie d’authenticité et qui te fait vibrer en d’dans!

Et finalement, t’as juste envie d’crier : « Oyé! Oyé! Je suis célibataire pis maudit que je t’aime, Abitibi! » .

Karelle Falardeau

Karelle Falardeau

Originaire de Ville-Marie au Témiscamingue, Karelle a quitté la région à 17 ans pour y revenir la tête remplie de rêves. Épicurienne née et amoureuse de l’art de créer sous toutes ses formes. Elle aime saisir les opportunités, danser avec le flow la vie et avancer vers des choix qui la font vibrer de l’intérieur.
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