Le Bout du Monde

Le Bout du Monde

Sauf une fois au chalet...

- Un texte de -

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Illustration : Christian Beauchemin

J’étais heureuse avant, je serai heureuse plus tard.
ailleurs, aussi. J’ai l’espace temps vagabond, instable, impatient
« je me sens chez moi » n’a jamais fait partie de mon vocabulaire.
Aujourd’hui, j’habite à 3 min de l’endroit où je suis venu au monde, précisément
et j’essaie de le changer, mon vocabulaire !

Maintenant, je suis ici, icitte, dans la ville où je suis née; Rouyn-Noranda

pis t’es dur sur moé.
comme si je comprenais pas ton langage, faque on s’engueule, en chuchotant
peut-être que t’essayes au fond de me charmer pis j’voé rien qu’avec mes yeux noirs
peut-être que t’es là les bras ouverts à juste attendre que je me blottisse
pour que tu me flattes les cheveux, pis m’ensoleiller le désespoir…
mais je sais pas, j’ai peur que tu m’attaches trop fort, que tu me manipules
faque je m’laisse apprivoiser ben ben (ben) tranquillement, et j’t’apprivoise ben ben (ben) tranquillement.

des fois tu m’manques quand je suis pas là, c’est vrai. comme si j’avais besoin de mon shoot, de ma dose.
je reviens vers toi, tout doucement, avec la tête un peu basse et mes peines a remplacer
je viens prendre ton pouls, je viens saisir un peu d’amour, pis je repars, ailleurs!

sauf que je suis tanné d’être nulle part, je veux appartenir
donc je suis pris à te faire une place pour plus longtemps qu’avant,
je vais pas en bolivie demain, ni au congo, ni en azerbaïdjan.
j’observe ton tranquille et ton rien qui me font blanc dans l’échine
et qui doivent être mienne demain
et je me dis que cela doit devenir mon quotidien
je vais encore replanter mes idées, sauver les fleurs fatiguées
tu le sais que je suis meilleure pour faire vivre les cactus, mais je vais faire un effort

t’es pas ben belle, j’m’excuse de m’avouer,
aww tu l’es en dedans je suis sûr, faque faut prendre le temps de te connaitre.
de connaitre le monde qui t’habite
je l’ai jamais vraiment fait, je suis toujours parti avant que tu m’ouvres tes tripes, j’m’excuse

peut-être que nous deux on jouait ensemble au fond
je jouais un rôle avec toi, celle qui doit être bien parce que tout le monde t’aimes donc ben rouyn! tout le monde est tellement en amour avec toé que je suis jalouse d’eux autres.
je suis triste de voir juste ton eau sale, tes potins qui tournent en rond, tes limites, tes dépressions.
toi de ton bord tu joues l’agace, ma supposée maison, arrête de faire semblant.
ça fait 10 ans qu’on joue à cache-cache, je sais pas c’est qui qui est supposé trouver qui.
j’ai changé de tactique plusieurs fois. entre l’avion et l’amour…
là je suis rendu à la tactique de l’arbre et du chat.

j’essaie d’entortiller mes racines avec les racines des autres pis de m’accrocher l’âme ben comme y faut.
le chat, lui, c’est pour m’améliorer les branches en hiver, pour pas basculer dans le trop seul, pour me tenir au chaud quand j’ai trop frette

Retrouve-moé rouyn! va chercher la petite qui voulait se magasiner une maison au bout du monde, le sauver pis vivre de bonté et de gens heureux,
dis-y que le bout du monde…
yé t’icitte

* La mise en forme, les signes de ponctuation et la casse du texte original ont été conservés lors de la mise en ligne de cet article.
Carol-Ann Lebel

Carol-Ann Lebel

Carol-Ann Lebel, native de Rouyn-Noranda, s’est enfuit rapidement à Montréal, Matane, Rimouski, Asie, Mexique…Elle revient officiellement en région en 2013, ou en 2014, ou en 2015…
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