Pourquoi Alexandre Castonguay n’a pas de compte Facebook

Pourquoi Alexandre Castonguay n’a pas de compte Facebook

Sauf une fois au chalet...

- Un texte de -

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Illustration : Christian Beauchemin

« Si quelqu’un m’cherche, mais me cherche vraiment, ben c*lis y va m’trouver. Y va s’arranger pour… »

À l’aube du lancement d’Abitibi/Montréal, je me suis interrogé sur la présence en région d’Alexandre Castonguay; notre comédien et acteur qui a fait le choix de vivre de son art, tout en restant bien ancré en Abitibi. Normalement, n’importe quelle vedette ou personnalité publique possède un compte Facebook, mais pas lui. Why not?

Je l’sais que j’suis au service de quelque chose. J’agis toujours pour une cause, jamais pour moi. JE SUIS sur Facebook, mais je suis pas Facebook. Au niveau de l’autopromotion, je considère que mon travail parle vraiment par lui-même. Il me représente mieux que n’importe quoi que j’pourrais dire ou faire sur les réseaux sociaux.

Dans ma vie, mon réseau de contact est en fait très présent, mais y est pas mainstream. Plus underground. Plus classique ou encore folklorique! J’adore ce mot-là : folklorique! J’ai un réseau d’amis qui m’aiment et qui me likent d’une manière, comment dire… Alternative. Maintenant que Facebook c’est LA façon…

Facebook c’est genre la 15 (l’autoroute). Avant on passait sur la 117! Asteure la 117 est devenue la 15, mais moi j’suis resté sur la 117. Après ça, y a le bois, le champ forestier pis après ça y’a la ruelle. Y’en a plein de chemins.

Mais moi j’passe pas dans le ch’min, j’passe dans’ ruelle. Cr*ss, j’fais des shows d’ruelles! Pis dans ruelle, c’est là que tu vois l’intimité, la façade pis même le cul qui dépasse d’la jaquette d’hôpital. Moi, je regarde le monde par la craque de la jaquette tu comprends? J’commence par r’garder l’cul pis après ça tu peux t’tourner, tsé! Tu peux me montrer ta vraie face!

Prend ça par exemple : un gars vient à Rouyn voir mon show au Théâtre du Cuivre. Y m’reconnait sur le stage parce qu’il avait vu Alex Marche à l’amour. Le lendemain, il s’en va boire un café au Gisement parce qu’il apprend que je fréquente souvent la place. Il prend son livre, me fait une dédicace pis y demande au staff d’la place de me l’remettre.

C’est quoi ce livre-là?

« Je serai un territoire fier et tu déposeras tes meubles » de Steve Gagnon. C’est un plaidoyer. Un essai sur la masculinité. C’est tout ce qu’il y a de plus personnel en lui! Lui, il a vu ma fragilité dans’ Marche à l’amour. Il a vu ma craque! Et après il m’a montrée la sienne! On s’est jamais rencontré encore. Pour le moment, on fait juste s’échanger des œuvres, mais on va faire quelque chose ensemble éventuellement. On partage la même démarche. Un jour, j’vais l’appeler! J’vais l’dater!

Pour en revenir à Facebook, on pourrait donc dire que quelque chose s’est perdue dans la communication au fil du temps?

Facebook c’est juste une extension de la communication de l’homme. Si j’ai un problème avec ça?
Moi mon p’tit gars y va grandir là-dessus pis si je l’fais pas, si je l’comprends pas,  j’serai jamais capable de l’suivre. Va falloir que j’gère ça, là!

Au niveau de la communication, on a toute une pilule différente. La spiritualité, la virtualité, la fiction. Ça sert uniquement à magnifier l’homme. À nous élever ou à nous flatter. Mais watch out à ceux qui s’font flatter parce que vous allez vous réveiller avec un méchant coup de pied dans l’cul!

Au niveau de ta carrière, j’imagine que tu as eu de nombreuses occasions de tout quitter ici et de partir pour une plus grande carrière à Montréal. J’aimerais savoir comment tu vis avec ce choix?

En paix mon homme. En paix! On n’a pas la carrière de notre talent, on a la carrière de notre personnalité. Et moi ma personnalité m’emmène à avoir une pratique qui correspond exactement au milieu et au mouvement.

Qu’est-ce que tu veux dire par mouvement?

Ici, on est sur un grand étendu. On est toujours en train de bouger. Comme quand j’étais p’tit : on va au chalet, on pack le stock, on remplit la glacière, on place… Tu comprends? On s’déplace. J’ai toujours eu en d’dans de moi un grand nomadisme. Le seul fait d’aller à Montréal, j’en ai des papillons.

Juste pour l’année passée, j’ai 15 billets de bus pour aller à Montréal. Ça c’est 3 000 $ en mouvement. C’est un gros chunk sur mon rapport d’impôt.

T’en parleras à Steve Jolin (Anodajay) comment il a dépensé en mouvement. On occupe un grand territoire. On a un ministère du territoire, mais les politiques de déplacement sont pas fortes. En plus de ça, t’as pas un seul chapitre concernant l’occupation artistique du territoire.

L’occupation artistique du territoire, c’est quoi ça?

J’te donne un exemple très proche de moi : Antoine Bertrand. Il se pose la question ; je prends l’avion. J’débarque à Rimouski. Je joue à Rimouski. Je fais mon salut. Je m’en vais dans ma loge. Le chauffeur m’apporte à l’hôtel. Le lendemain, il me ramène à l’avion. J’ai tu vraiment joué à Rimouski? J’aurais pu être n’importe où!

J’ai rencontré personne de Rimouski. J’ai rien vu de Rimouski! C’est tu vraiment de l’occupation artistique du territoire? La réponse c’est non.

La rencontre avec le monde…

Tsé, quand tu joues à Moffet, tu rencontre Moffet. Y t’montrent le village. Le public est assis dans ta face. Tu peux pas r’garder au-dessus leurs têtes! Eux, sont au front de leur vie et de leur culture, y t’checkent et quand tu les regardes dans les yeux ben y décrochent pas c*lis. Y peuvent pas r’garder à terre. Y supportent ton regard.

Une fois que c’est fini, ben c’est à ton tour de fermer ta yeule parce qu’eux autres y’ont des affaires à t’dire. Là y a eu échange, là y’a eu art et là y’a eu occupation artistique du territoire.

Moi : Marche à l’amour. Marche, marche… Deux spectacles. Deux tournés de 40 villages en Abitibi-Témiscamingue. 2000 kilomètres à l’intérieur de mon propre territoire, de ma propre région administrative. Je découvre une façon de diffuser et d’entrer en contact avec le public.

Le théâtre est donc une manière de te rapprocher des gens d’ici?

J’lève pas l’nez sur la recherche fondamentale. Comme le gars qui veut creuser son champ théorique toute sa c*lis de vie dans son bureau. Moi, c’est ça. Pis toé, c’est ça. J’ai besoin de lui pis lui y’a besoin de moi aussi. C’est qu’on échange qui est important, pas qu’on s’cloisonne. Le spectre de la démarche artistique est large. Différent pour tout le monde.

Moi, j’suis un acteur. C’est ça ma fonction sociale. Mais je vends pas du rêve c*lis. J’vends du concret, de l’humain! Tsé, la p’tite madame qui vient m’voir pour décoller de sa réalité… Ben c’est pas ça, si moi j’ réussis à valoriser ce qu’elle essaye de quitter. Lui faire comprendre qu’est belle dans son ordinaire. C’est ça ma job. Là je remplis ma fonction.

J’suis pas là pour lui dire : « Hey, t’as une ast* d’vie banale! Viens donc avec moi dans l’cinéma! » Nonon! Moi, quand j’finis l’cinéma, j’m’en vais dans mon ordinaire commun. Je r’garde la télé pis j’me pogne la poche. Ça c’est Alexandre Castonguay.

Qu’est-ce que tu dirais à quelqu’un d’Abitibi qui veut s’en aller à Montréal?

Go for it! Encore une fois, c’est juste du mouvement. Empêcher quelqu’un de bouger, c’est contre la nature humaine.

Qu’est-ce que tu aimes tellement en Abitibi-Témiscamingue?

(Réflexion de 30 secondes). Juste le mot : Abitibi. Dans ma yeule, là, quand j’le dis : « J’viens de l’Abitibi« . J’articule du rêve. Ça résonne dans’ face de l’autre. Tu vois sa pupille se dilater.

À partir de là, je vois le besoin de rêver du monde et j’leur donne.  J’peux mettre c’que j’veux dans ce mot-là! Ça évoque une histoire. Le mystère. Et vierge en même temps.

Pourquoi vierge?

On a même pas 100 ans c*lis! Tsé, en vie d’chien ou en vie de peuple, 100 ans là… Cr*ss on vient d’sortir! On est encore avec le cordon ombilical d’accroché. On crie. On sait pas trop ou c’qu’on est. On est né dans les pépins, les deux pieds dans’ légende.

À l’inverse, le gars qui a ses racines à Montréal; qui est né là-bas pis toute. Lui, se faire raconter les débuts c’est impalpable. Moi les débuts, j’y ai touché : c’est mon grand-père! C’est l’début qui s’est raconté à moi directement. J’suis passé par aucun intermédiaire. J’suis un enfant du début. Il y a des bons cotés qui viennent avec le fait d’être si proche de ses racines.

Ça prend une ouverture, ça prend une curiosité. On sent que ça peut tomber et que c’est fragile. Au niveau démographique, on a perdu 539 personnes cette année. C’est le propre d’une région neuve : on est pas assis sur du solide. Notre pérennité est pas assurée.

Une société qui va bien au niveau identitaire, ben elle pousse sur ses frontières. Mais là, en ce moment, les régions se vident. Et mettons qu’on prend Montréal comme le drain du bain, ben là l’eau coule tellement que j’sens qu’il y a un refoulement. Artistiquement, Montréal veux beaucoup venir nous voir!

La ville implose actuellement. C’est saturé! C’est des algues bleues, c’est un lac qui meurt et qui cherche à revenir à sa source.

Dans mon cas moi, c’est l’épinette; ou encore un cap de roche. Ast* que j’suis attaché à ça! Touche pas à ça! C’est mon symbole. J’me c*lis ben du harfang des neiges, j’me c*lis d’la feuille d’érable. Le castor lui, j’le trouve quand même pertinent, mais l’épinette! Il pointe vers le ciel, y est enraciné pis y est pas séduisant. Il pousse partout et prend toute sorte de forme. Je le trouve austère. C’est le contraste, tsé! Tu peux te grafigner dessus, mais en même temps c’est une perle.

Alexandre Castonguay, merci beaucoup pour cette entrevue! Tu retournes à Montréal bientôt?

Ben là, j’réalise mon rêve! J’m’en vais dans l’Grand-Nord pour tourner un film! Parce que si moi j’fais rêver les gens de Montréal avec mon Abitibi, moi qui me fait rêver? Le Grand-Nord!

Toujours plus au nord! J’m’en vais dans l’parc national des Pingualuit.

Mathieu Gagnon

Mathieu Gagnon

Originaire de Val-d'Or et ayant habité Montréal pendant plus de 7 ans, il réside maintenant à Rouyn-Noranda. Mathieu est un créatif technologique, passionné de littérature axée société et individu.
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